Nager entre deux chaises

~ ~ ~ Qui parle sème, qui écoute récolte

« Avec Internet, les radios associatives peuvent avoir une deuxième jeunesse »

Depuis leur création, les radios associatives connaissent Jacques Soncin. Ancien président de la confédération nationale des radios libres (CNRL), il est aujourd’hui président de Fréquence Paris Plurielle. Selon lui, ce n’est pas le « gadget » de la radio numérique qui aidera les associatives, mais un travail commun et le développement d’un tiers secteur des médias associatifs. L’ancien journaliste pense aussi que les radios associatives ont tout à gagner si elles restent un média de proximité, terrain délaissé par le service public et les radios commerciales.

A quoi ressemblent les radios associatives aujourd’hui ?

Ce sont près de six cents radios sur toute la France. Il s’agit aussi d’un Fonds de soutien (FSER) qui finance le tiers de leurs budgets et qui est en légère difficulté. Enfin, elles sont le seul média de proximité car voilà bien des années que le service public et les radios commerciales ont quitté la proximité. Mais le combat des radios associatives s’est considérablement affaiblit. Aujourd’hui, les équipes sont vieillissantes – au moins à la direction – et les valeurs qui les animaient sont souvent passées derrière la survie de ces radios. Aujourd’hui, les plus dynamiques sont celles de la diversité, celles proches des communautés, notamment issues de l’immigration. En générale, la relève jeune y existe fortement. Les autres radios ont des équipes vieillissantes qui ont le sentiment que le projet va s’effondrer si elles partent et donc qui s’accrochent pour assurer la pérennité.

Dans quel climat, sont apparues les radios libres ?

Le monopole d’État régnait sur les radios et les télévisions. Parfois, il y avait une gestion autoritaire des médias. Je me souviens du ministre de l’information, Alain Peyrefitte, qui appelait les rédactions pour dire ce qu’elles devaient passer au journal de 20h. Après mai 1968 et les périodes de grands mouvements de luttes anti-nucléaire, féministe ou homosexuelle, chaque révolte créait sa propre radio. Ça allait de Radio Castagne à Ales à Radio Cœur d’acier en Lorraine en passant par Radio Verte Fessenheim. Il y avait une vie très forte dans ces radios pirates. Le pouvoir à l’époque s’y opposait avec force et détermination. Raymond Barre disait que les radios pirates étaient le germe de l’anarchie. On envoyait la police cavaler après les émetteurs et il y avait des courses-poursuites sur les toits des radios. A cette époque, le parti socialiste (PS) et les communistes s’opposaient d’abord aux répressions puis contre le monopole d’État. Mais en 1978, le PS avait créé Radio riposte. Juste avant son élection, François Mitterand s’y était rendu pour dénoncer la mainmise de l’État sur les radios publiques. Il avait été inculpé pour infraction au monopole. Donc en 1981, quand il est élu, tout le monde sait que le monopole allait voler en éclat. Durant l’été, un millier de radios libres se sont créées dans toute la France. Chacune était animée par des centaines de personnes. C’était vraiment une autre période.

Aujourd’hui les radios se sont institutionnalisées, est-ce que l’esprit de la radio associative existe toujours ?

En tout cas, il a tenu pendant longtemps. Elles ont répondu à l’espoir qu’elles suscitaient au début des années 80, quand un réseau riche et dense s’est développé. Elles ont eu un rôle international important en travaillant avec l’Afrique et le Canada. Hélas, depuis, elles se sont repliées sur elles-même et je dois avouer que depuis dix ans, cet esprit disparait. Notamment sur l’information qui est un terrain où les radios associatives étaient attendues. Ce que fait Rue89 ou Médiapart sur Internet, les radios associatives n’ont pas réussi à le faire. Les radios de proximité n’ont pas osé prendre position contre des collectivités locales qui les soutiennent et les financent. Il faut trouver une solution pour se développer et avancer. Avec Internet, elles pourraient avoir une deuxième jeunesse si elles arrivaient à imaginer la numérisation de leurs ondes autrement que par la Radio numérique terrestre (RNT).

Justement, la confédération des radios associatives (CNRA) et le syndicat des radios libres (SNRL) veulent l’arrivée de la RNT alors que cela fait craindre la disparition de plusieurs radios associatives. Que va apporter la RNT, selon vous ?

Une nouvelle technologie s’impose parce qu’elle apporte de nouveaux services. Le problème de la RNT, c’est qu’elle coûte chère à mettre en place, qu’elle oblige les radios à se transformer et qu’elle demande aux Français de racheter des postes. Tout ceci pour un résultat mitigé. Le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et les pro-RNT disent surtout que ça permettra de passer de la publicité sur un écran dans la voiture. Mais il ne faut pas oublier que la radio est un média nomade. On l’écoute justement parce qu’on peut faire autre chose en même temps. On dit aussi que la RNT permettra d’avoir plus de radios. Mais il y en a déjà beaucoup et mieux vaudrait travailler la qualité de ces radios. Je ne suis pas convaincu par la RNT car le coût est très cher payé pour des avantages peu évidents.

Que doivent développer les radios associatives ?

Il faut élargir le financement, que les radios travaillent entre-elles, qu’elles développent des liens entre radio, Internet et de l’image. Il faut faire du journalisme, de la technique et de l’informatique de manière plus professionnelle. Ce serait bien que les fédérations de radios se rencontrent pour créer une dynamique et dégager des fonds. A côté du public et du privé, il faudrait mettre en place un réel tiers secteur de médias associatifs. Aujourd’hui, les radios font presque la manche pour survivre. Il y a deux à trois employés par radio pour cent bénévoles. Si le bénévolat est important, il faut des équipes plus structurées autour et développer une collaboration entre les radios pour produire, par exemple, des informations nationales ou internationales. Le seul point d’échange est l’Epra (Échanges et productions radiophoniques) qui est dans une situation difficile. Il faut que les hommes et femmes de radios se demandent qu’elle est la place de la radio associative comme tiers secteur et comment apporter un vrai plus par rapport aux radios commerciales et au service public en terme d’informations, d’éducations et de divertissements. Les radios ont plus besoin de cette réorganisation interne que du gadget de la RNT. Car dans l’état actuel, la RNT apporterait un coup dur aux radios associatives, commerciales et du service public.

VOIR AUSSI
L’interview de Jacques Soncin, président de Fréquence Paris Pluriel
Le reportage : Quand les pirates deviennent primitifs
L’historique de la radio pirate à la radio numérique

Enquête pour l’Ecole Publique de Journalisme de Tours

BONUS
Reportage sonore : A la recherche des Primitifs.

Interview réalisée par Xavier Ridon pour l’Ecole Publique de Journalisme de Tours

(Photo Jacques Soncin – DR)

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Cette entrée a été publiée le mai 29, 2012 par dans Des mots, Média, Radio, et est taguée , , , , , , , .

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