Nager entre deux chaises

~ ~ ~ Qui parle sème, qui écoute récolte

La Petite maison, comme un refuge

Assis sur les chaises de jardin, on taille la bavette. La bonne humeur règne sous le parasol. Pourtant, le grand portail, en face, est glaçant. C’est à grand bruit que se ferme et s’ouvre la, porte de la maison d’arrêt de Tours. Mais dans la cour tenue par le Comité d’aide aux détenus (CAD), on préfère penser à autre chose. Autour des tables en plastique vert, Catherine*, Bernadette, Nicolas, Valentin et Pierre* discutent avec deux bénévoles : Nicole* et Patrick.

Dans les années 1970, le CAD a fait l’acquisition de cette bâtisse, la Petite maison, pour accueillir les familles qui se rendent au parloir. Une petite cour, et une pièce de vie où s’arrêtent surtout des femmes car à la maison d’arrêt il n’y a que des hommes. Avant et après la visite du mari, du fils ou du frère, les visiteurs y décompressent durant dix minutes, ou plus.

~ Photo. Xavier Ridon ~

Bernadette s’y assoie depuis 2004. Comme tous les deux jours, elle vient voir son fils détenu. Frères et amis sont là aussi. Elle estime avoir « beaucoup de chance » de pouvoir venir ici. Sinon, tous attendraient sur le trottoir pour pouvoir entrer ou sous un abri de bus vétuste, les jours de pluie. « En entrant ou en sortant du parloir, ça fait du bien de parler », remarque-t-elle.

La Petite maison est « comme un sas entre la vie quotidienne et la maison d’arrêt », selon Nicole, bénévole depuis cinq ans. Mais beaucoup hésitent à traverser la rue pour entrer au CAD. Honte. Peur du regard. Les sentiments se mêlent. Alors Patrick, retraité de la direction inter-régionale pénitentiaire de Lille et bénévole, se veut rassurant : « Ici personne n’est jugé. C’est notre éthique. » Pour ceux qui restent sous le toit de l’abri bus, il faut faire un pas : « Si on va chercher ceux qui attendent à l’arrêt de bus, ils viennent. » Café et écoute sont au rendez-vous.

D’ailleurs, Nicole revient avec une boite de bonbons. Tout le monde se sert. Personne ne se prive. Partager quelques sucreries adoucit des moments parfois difficiles. Chacun apporte ses expériences et une solidarité nait. « Pendant une heure, à être assis ici, on apprend beaucoup de choses », confie Catherine, venue accompagnée une amie qui se rend au parloir. L’appréhension du lieu, elle aussi, l’avait : « on ne sait pas comment on va réagir par rapport à ce qu’on entend à la télévision. On sait pas le jugement que peuvent avoir les gens, mais en fait l’accueil est agréable. »

Un parloir « trop petit et insalubre »

Chaque après-midi de parloir, la Petite Maison s’ouvre et entre 20 et 80 personnes y reprennent force et confiance. Aux côtés de Bernadette l’un de ses fils, Valentin. Aujourd’hui jeune adulte, il se souvient encore de ses premiers moments où il jouait avec la présidente du CAD, Agnès. Si depuis elle a cédé sa place à la tête du comité, Agnès y est toujours bénévole. Elle va également à l’intérieur de la maison d’arrêt en tant que visiteuse de prison. Mais elle ne rend pas visite seulement aux détenus : « il m’arrive d’accompagner les proches à leur premier parloir car ils sont apeurés. »

Quand le parloir est évoqué, Bernadette le décrit facilement : « trop petit et insalubre. C’est aussi la faute de ceux qui ne respectent pas ceux qui suivront. » A l’intérieur de la maison d’arrêt, son fils vit avec deux autres détenus. Ce qui révolte Patrick, membre de l’organisation internationale des prisons (OIP), « ils sont trois ou quatre, alors que la loi demande qu’il n’y en est qu’un seul. »

~ Photo. Xavier Ridon ~

Passer à la Petite maison est synonyme de soulagement. Nicole résume : « c’est un endroit de grande souffrance où il y a beaucoup d’humanité entre les familles. C’est souvent comme ça dans les lieux extrêmes. » Certaines se donnent rendez-vous chaque semaine pour se retrouver, d’autres font du covoiturage, etc. Mais Nicole reste lucide sur ce lieu où elle travaille depuis cinq ans : « Ici tout le monde blague mais on sait très bien ce qui se cache derrière. » Patrick opine de la tête, Nicole continue : « Si on a pas à faire aux détenus, on les aide indirectement par les familles que l’on soulage. » Et Patrick renchérit : « C’est plus dur pour les familles que pour les détenus. Les détenus savent pourquoi ils sont enfermés. Mais les familles ont peur du regard des autres, peur pour leurs enfants. Je n’oublie pas les victimes en disant cela, mais nous devons être là pour les familles des détenus qui dégustent. »

* Ces prénoms ont été modifiés

La Petite maison et le Comité d’Aide aux Détenus.
02.47.64.51.91
25, rue Henri-Martin, à Tours. Ouvert tous les après-midi de parloir.

Article publié dans tmv n°56 du 13 juin 2012.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le juin 18, 2012 par dans Des mots, Reportage, Société, et est taguée , , , , , , , , , .

Pour suivre ce blog, entrez votre adresse courriel.

Rejoignez 16 autres abonnés

Archives

%d blogueurs aiment cette page :