Nager entre deux chaises

~ ~ ~ Qui parle sème, qui écoute récolte

Images d’Algérie. Pierre Bourdieu, ce photographe

EXPOSITION ~ On connaissait le sociologue, on découvre le photographe dans l’Algérie des années 1960.

Algérie 1958. La guerre sévit. Pierre Bourdieu y vit. Pour la deuxième fois, le sociologue s’installe au milieu du combat. En 1955, il faisait son service militaire dans un centre de documentation à Alger. Trois ans plus tard, il revient dans la même ville pour enseigner à la Faculté des lettres. Dans ses bagages, un appareil photo qu’il utilise comme outil pour son travail sociologique. A l’époque, deux mille clichés sont pris. Aujourd’hui, cent cinquante s’exposent au Château de Tours.

La simplicité de l’exposition laisse place à la profondeur du noir et blanc. Sur les murs, les mots d’un homme se réfugiant derrière la photo pour « essayer d’affronter le choc d’une réalité écrasante. » La loi de la force et de la discrimination d’une France coloniale, des populations déplacées, des paysans dépossédés de leurs terres. Chaque photo est un morceau de son observation méticuleuse de la vie du pays.

A la lumière de l’exposition, jaillit la complexité de l’Algérie en transformation. Les paysans et chevaux de traits côtoient les pylônes à haute tension. La femme voilée marche avec son conjoint, costume moderne et qui porte dans ses bras leur enfant – fait rare dans ces années même en Europe. Une autre femme, voilée également, mais cheveux aux vents et décolleté apparent fonce avec sa mobylette.

Mais, la violence n’est jamais loin. Elle se dessine quand les centres de regroupement apparaissent et se devine chez les villageois kabyles déracinés. Un demi-siècle plus tard, cette violence s’est incrustée dans le paysage algérien. Pour la commissaire de l’exposition, Christine Frisinghelli : « C’est émouvant de voir qu’il disait que les centres de regroupements n’allaient pas disparaître après la guerre et qu’ils deviendraient la normalité. Aujourd’hui c’est la réalité. Ils y sont toujours. Nous y sommes allés. »

Bourdieu nous ouvre les yeux. Au milieu de ses photos et de ses écrits, sa voix transperce le silence de la salle. La voix d’un homme arrivé trop tard pour étudier des rites locaux. Trop tard car la guerre est déjà passé sur son chemin. Qu’importe, il observe un pays qui grandi toujours. Même dix ans après sa mort.

ARRET SUR IMAGE

CENTRE DE REGROUPEMENT

« En 1960, le nombre des Algériens regroupés atteignait 2 157 000, soit un quart de la population totale. Ce regroupement de population est parmi les plus brutaux qu’ait connus l’Histoire. »
Pierre Bourdieu, 1964.

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ECONOMIE DE LA MISERE

« Vous voyez mes enfants, ils sont tout nus. Vous voyez ma maison, une écurie, ce n’est pas une maison. Je ferais n’importe quel métier pourvu que je gagne bien pour nourrir mes enfants. C’est ça ma vie, il n’y a que le salaire qui ne va pas. Le reste, nous sommes faits pour ça. »
Chauffeur à Oran, 1963

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ALLER PLUS LOIN

Diffusé en extrait dans une tour du château, le documentaire de Pierre Carles La Sociologie est un sport de combat brosse le portrait de Pierre Bourdieu et explique plus largement le travail des sociologues.

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IMAGES D’ALGERIE

Jusqu’au 4 novembre 2012.
Au Château de Tours (25, avenue Malraux).
Du mardi au vendredi, de 14 h à 18 h.
Du samedi au dimanche, de 14 h 15 à 18 h.
Visite commentée les samedis, à 15 h.
Entrée : 3 € / Tarif réduit : 1,50 €.
Plus d’infos sur tours.fr

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Cette entrée a été publiée le juin 20, 2012 par dans Des avis, Des mots, Exposition, et est taguée , , , , , , , , .

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