Nager entre deux chaises

~ ~ ~ Qui parle sème, qui écoute récolte

Neil dans les pas de Young

Autour de nous, il existe des personnes qui vieillissent bien. Il en est même que l’on admire pour leur énergie de grabataires. Neil Young est de ceux-ci, à n’en pas douter.

A 66 ans et quelques pépins de santé (poliomyélite, alcool, drogue, AVC), le Canadien a de quoi rendre jaloux. Il n’a pas sorti de disque puant, de panier musical pourri, de confitures sonores pour cochons sourds depuis bien des années. Sa dernière horreur doit dater de dix ans (et encore, Are You Passionate ? à quelques bons côtés). Au rythme d’un album par an, d’archives dépoussiérées, de tournées convaincantes, le loner ne s’arrête pas dans son « Never Boring Tour ».

Depuis deux ans, il s’est relancé avec ses vieux camarades. Ceux du Crazy Horse. Ralph Molina, Billy Talbot et Frank Sampedro sont revenus recréer les grandes heures des Everybody Knows This Is Knowhere (1969), Zuma (1975), Rust Never Sleeps (1979) et autre Weld (1991). L’année dernière, les quatre énervés ont fait dans la reprise sur un Americana peu commun. La dissonance du groupe était à son comble sur le Get A Job des Sha Na-Na et sur God Save The Queen.

Le 30 octobre prochain, sortira Psychedelic Pill. Les réflexes de jeu sont revenus, les chœurs ré-enchantés, les mélodies amplifiées et les guitares saturées. La recette est bien là. Il serait surprenant que nous soyons déçu. D’autant plus que les concerts que donnent le groupe sont (presque) aussi ravageurs que dans leur glorieuse histoire. C’est à en faire pâlir les pop Muse, à en dégoûter les plan-plan Bewitched Hands, à en pervertir le repenti Thurston Moore. Et nous n’évoquons même pas les vieilles gloires et fantômes de la sombre époque des « sixties ».

Cette gélule que Young nous propose d’adsorber est donc bonne à la consommation. Elle ne cherche pas la nostalgie, pas plus que les hallucinations. Aucun flash-back envisagé. Quoique.

“ Impossible de lutter contre ce vieux crouton „

Bien sûr la recette est connue. Lorsque que les trois cavaliers prêtent allégeance à leur bon roi, on sait à quoi s’attendre. De tête et en première impression, on se doute que l’album donnera des touches de Cortez The Killer, de Don’t Be Denied et de Powderfinger. En tout cas, il est impossible de lutter.

Impossible de lutter contre les récits autobiographiques qui nous font danser en Ontario, sa terre natale.

Impossible de lutter contre les tôles que Young se déchaîne à tordre, à plier, à rompre à coups de soli de guitares, entre deux sifflements.

Impossible de lutter contre le poids des pas du géant commandé par la batterie de Molina. La virulence du son nous ramène forcément au Hey Hey My My (époque Rust Never Sleeps ou Weld selon les préférences). Le quart d’heure de Walk Like A Giant fera date. Il faut l’espérer.

Impossible de lutter contre un Crazy Horse qui a pu se tordre sans jamais rompre sous les assauts de Neil Young. Ses coups de guitare et de gueule n’ont jamais désespéré – totalement – les trois fidèles destriers. Bon gré, mal gré. C’est seulement avec eux que le Canadien file au triple galop. Quitte à les épuiser.

Impossible de lutter enfin contre les chansons interminables. Toujours présentes dans le répertoire, autant sur les albums qu’en concert. Cowgirl In The Sand, Down By The River, Sample And Hold, Big Time, No Hidden Path et désormais Ramada Inn sont autant d’exemples des longueurs de Neil Young qui hurlent autant par sa voix que par sa guitare.

Impossible de lutter contre ce vieux crouton qui se permet encore de draguer quelques groupies. Jouant en fin de concert les yeux dans les yeux, les dernières notes arrachés à sa Gretsch « Old Black ».

Impossible de lutter contre ses cris teintés de Freedom et de Fuckin’ Up.

Impossible de lutter contre ce Dirty Old Man.

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Album Psychedelic Pill – Sortie prévue le 30 octobre 2012

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En attendant :

Que lire ? Neil Young, Rock’n’Rebel ? de Jean-Do Bernard (Critique de Citizenjazz) ainsi qu’Une autobiographie de Neil Young (Critique de Télérama).

Que voir ? Le concert au Austin City Limits Music Festival

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